Le Lien MULTIMÉDIA – Synapse C soutient l’action du secteur culturel grâce à l’analyse de données

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28 mars 2019, 07h30  |   Article rédigé par Oriane Morriet.

Viêt Cao, Synapse C. Photo: Oriane Morriet

Proposant des services d’analyses de données, Synapse C soutient l’action du secteur culturel en permettant à ses institutions d’adapter leurs offres à la demande. En comprenant mieux les comportements de leurs spectateurs, celles-ci sont en effet en mesure de mettre en place des stratégies de mise en marché pertinentes et efficaces. Une décision à prendre toutefois en commun. Initié par le Partenariat du Quartier des spectacles, le projet est actuellement dirigé par Éric Lefebvre. Entretien avec Viêt Cao, gestionnaire et analyste principal chez Synapse C, pour mieux comprendre les missions de l’organisme, ses outils d’analyses et ses visées à long terme.

Initiée par le Partenariat du Quartier des spectacles de Montréal, la création de Synapse C repose sur la volonté de soutenir l’action culturelle en créant un service d’analyse de données accessible à tous. Une philosophie qui brise les logiques concurrentielles entre institutions culturelles. D’abord intégré au Partenariat du Quartier des spectacles, l’organisme est très vite incorporé comme entité autonome soutenue toutefois financièrement par les pouvoirs publics. Celui-ci doit d’ailleurs son nom au livre de Simon Brault paru en 2009, « Le Facteur C », qui se penche sur l’émergence des préoccupations culturelles dans l’arène politique, économique et social au cours de la dernière décennie. « Le C réfère à la culture », précise Viêt Cao.

Dirigé par Éric Lefebvre, Synapse C a pour mission d’aider les organismes culturels à mettre en place des stratégies économiques et commerciales en analysant leurs données. « Il est difficile pour ces organismes de gérer leurs données. Leur mission est avant tout tournée vers la création artistique. Ils n’ont pas les moyens d’embaucher un analyste de données à plein temps, surtout les organismes à but non lucratif. Il y a pourtant un travail nécessaire de mise en marché pour faire découvrir les produits culturels. Il s’agit donc de mieux comprendre les publics pour être davantage pertinents », explique Viêt Cao. En saisissant mieux les pratiques spectatorielles grâce aux données, les institutions culturelles pourront ainsi mieux adapter leurs offres à la demande.

Synapse C opère surtout dans un contexte de collaboration entre institutions culturelles. « En mettant ensemble les données des organismes culturels, dans une perspective d’économie sociale, il est possible d’aboutir à un portrait plus juste de la situation, ce qui peut conduire à une évolution de leurs modèles d’affaires », affirme Viêt Cao. L’analyste donne en exemple le cas des salles de danse et d’opéra. En mettant en commun leurs données, ces institutions pourront savoir si les amateurs de danse sont aussi des amateurs d’opéra, et inversement, et s’il est pertinent pour elles de proposer des abonnements couplés pour des spectacles de danse et d’opéra. « Il est toujours intéressant de collaborer entre institutions afin d’aboutir à une intelligence d’affaires collective », affirme Viêt Cao.

Au-delà des données, il s’agit donc pour Synapse C d’encourager les institutions à mutualiser leurs ressources, leurs compétences et leurs expertises. « Au Quartier des Spectacles, il y a une véritable culture de la collaboration. Nous voulions donc créer un projet qui soit un peu plus grand que la somme des parties », déclare Viêt Cao. La mission de Synapse C concerne cependant désormais tous les organismes culturels au Québec, voire même au Canada, et non seulement les salles du Quartier des Spectacles de Montréal. De l’avis de l’analyste, l’étape la plus importante, et la plus difficile, n’est pas l’analyse de données en tant que telle. C’est de convaincre les responsables des institutions culturels de prendre le temps de s’asseoir ensemble pour décider d’une stratégie économique et commerciale commune.

L’idée étant de permettre aux organismes de fonder leurs décisions sur du savoir plutôt que sur de l’intuition, il a fallu à Viêt Cao mettre en place des outils pour garantir l’efficacité de ses analyses de données. Selon l’analyste, la priorité est d’instaurer de bonnes pratiques de collecte, respectueuses de la vie privée des spectateurs. « Encore une fois, l’objectif n’est pas d’être invasif, c’est de mieux comprendre les comportements afin d’avoir une offre plus pertinente », insiste-t-il. Il s’agit ensuite de nettoyer ces données pour n’en garder que les éléments pertinents pour la mise en place des stratégies des institutions cultuelles. « En s’appuyant sur les données, on minimise les risques de mise en marché, ce qui laisse plus d’espace aux risques artistiques », ajoute-t-il.

Actuellement, Synapse C œuvre auprès du Conseil québécois de la musique. Il aide également le Quartier des Spectacles. Ses projets à venir sont à caractère territorial ou interdisciplinaire. « La prochaine étape pour nous, c’est de sortir un peu des arts de la scène, car notre mission est culturelle en général. Nous pensons qu’il y a beaucoup de transferts possibles d’un secteur à l’autre », confie Viêt Cao. Les données collectées et analysées dans l’industrie du spectacle pourraient ainsi bénéficier à l’industrie du livre ou à l’industrie cinématographique, et inversement. Le concept de palmarès des films pourrait par exemple être appliqué de façon vertueuse aux spectacles vivants pour en augmenter la visibilité.